Le Trio Oshakan
"LES JARDINS DE PARADIS D’ARMENIE"




Le Trio Oshakan est composé du chanteur Seyran Avakian, de la joueuse de kanon Shoushan Saghatelian et du compositeur Grigor Arakèlian au tav kaman. Ils font également partie des douze membres de l’ensemble Oshakan.
Cette formation réduite permet, d’une part de poursuivre les musiques intimistes de cours, comme celles des « goussan » et des « achough », d’autre part de pérenniser la tradition populaire de l’épopée, avec ses conteurs et enfin de reprendre la musique populaire, notamment celle relevée par le R.P. Komitas.
La musique du trio Oshakan procure une émotion nouvelle. En effet, elle marque un renouveau esthétique de la musique arménienne post-soviétique. Non pas celle des musiques populaires ou plutôt populistes. Elle s’engage résolument dans une voie qui se dégagerait des entraves « électro-disco-synthétiques », aux textes insipides sous-tendus par un accompagnement sirupeux et une boîte à rythme aux battements ou roulements convenus. En somme une musique savante et vivante sans le métronome dans le rôle du commissaire politique de la globalisation.
De plus, tout comme Komitas à son époque qui a pensé à une polyphonie de la musique arménienne (et non à une harmonisation), la musique du Trio Oshakan s’engage vers une modernité de ces musiques ancestrales en les colorisant. Cette couleur est le regard porté sur elles. Sans entrer dans un conflit inutile entre tradition et modernité, la clef de cette modernité réside dans le rendu d’une ambiance, d’une atmosphère impalpable, comme lorsque l’on regarde une miniature. Soyons francs, combien parmi nous ont déjà tenu entre leurs mains un parchemin ou un livre d’enluminures ? Tout cela est préservé dans un musée, sous verre ! Est-ce le rôle de la polyphonie ou de l’harmonisation de protéger une monodie ?

La force de l’image qui ne bouge pas, et qui nous permet d’imaginer… Cette force est transcendée par l’art du temps qui passe: la musique. Alors regardons avec nos oreilles, ou bien écoutons avec nos yeux, les trésors musicaux inédits ravivés par le Trio Oshakan. Ils vous étonneront par leur diversité.

Gérard Der Haroutiounian (juin 2009)



Avec le programme « les jardins de paradis d’Arménie », la formation en trio permet d’aborder les musiques intimistes de cour, la musique populaire, mais aussi de pérenniser la tradition médiévale de l’épopée. Ce choix d’un trio est propice à une interprétation plus impressionniste, vivante et profonde tout en restant festive.

Le Trio Oshakan avec ce programme offre un voyage musical retraçant dix siècles de folklore arménien. À la charnière des mondes latin, grec, hébreu, turc, perse et arabe, des religions chrétiennes et musulmanes, l’Arménie s’est dotée d’une identité culturelle forte d’influences diverses. De la poésie mystique et lyrique des moines du Xe siècle à des pièces de Komitas, acteur du renouveau de la musique nationale arménienne au début du XXe siècle, en passant par la tradition médiévale des achoughs (troubadours), le trio ravive des trésors musicaux inédits. Ballades, odes, chants populaires et sacrés évoqueront les jardins d’Éden, paradis terrestre que la Bible situe en Haute Mésopotamie, au coeur même de l’Arménie, terre idyllique entre Orient et Occident. Propice à une interprétation intimiste et profonde tout en restant festive, le Trio Oshakan interprète la petite et la grande histoire de leur patrie en s’accompagnant au tav kemani et au kanon, instruments traditionnels arméniens.


Le programme:

1. “Mokats Mirza” Mirzà de Mok. Chant épique 7-12eme siècles
2. “Havoun-Havoun” Oiseau-oiseau. Grigor Narékatsi, 10eme siècle solo sur kanon
  “Khorhourd Khorin” Mystère profond. Khatchatour Taronétsi 13eme siècle solo sur kémani
3. “Yét ou Aradj” Avant et arrière. Danse populaire (variante de Komitas) kanon et kémani
4. “Ahégh Dzayn” Voix terrible. Grigor Narékatsi, 10eme siècle
5. “Amén Aravot” Chaque matin. Grigoris Akhtamartsi, 16eme siècle
6. - 7. Deux passages de l’épopée David de Sassoun. 7-12eme siècles
8. “Zouyg mi Krounk” Une paire de grues. Populaire
9. “Baghi Pate” Le mur du verger. Populaire
10. “Lorva Goutanérg” Chant de labour du Lori. Populaire a cappella
11. “Voghbérg” Lamentation. Populaire
12. Solo sur kanon (improvisation) suite de 3 chants de troubadours
13. Chanson d’amour. Naghach Hovnathan, 17eme siècle
14. Depuis toujours tu es sage. Sayat-Nova, 18eme siècle
15. Kamantcha. Sayat-Nova, 18eme siècle
16. “Terterouk” Vibration. Danse populaire
17. “Lorik” Petite Caille, “Mokats Choukén”. Populaire.
18. Serie d’airs de danse. Populaire

arrangements – Grigor Arakélian

Distribution:
Seyran Avakian, baryton, daf
Shoushan Saghatelian, kanon
Grigor Arakélian, kémani

CONFERENCES et PEDAGOGIE

Par Grigor Arakelian (Erévan), Maxime Kapriélian et Gérard Der Haroutiounian (Paris)

La pureté des monodies d’origine des charakan et chants populaires arméniens s’accommode aussi d’une formation en trio (tav kaman [viole de gambe arménienne], kanon [cymbalum arménien] et un chanteur). Ainsi arrangés, leurs saveurs modales, un langage musical issu de la Grèce antique et transmis aussi bien en Occident par le Chant Grégorien qu’en Orient par l’Ochtoechos byzantin, n’en est que plus flagrante.

La musique savante arménienne : jonction de l’Orient et de l’Occident
Le territoire arménien, dans son acceptation historique, s’étend de l’Anatolie au Caucase. Une région à la jonction de l’Europe et du Proche-Orient, des mondes latins, grecs, hébreux, turcs, perses et arabes, des religions chrétiennes d’Orient et musulmanes. Située en partie sur la Route des Croisades, l’Arménie, dominée par les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Perses, les Arabes ou les Ottomans selon les périodes n’a cessé de développer une culture propre, y compris au niveau musical. L’ensemble Oshakan et Musicarménie propose des conférences sur ce fait musical arménien unique dirigées par : Maxime Kaprielian, professeur de musique, musicologue, journaliste et Grigor Arakelian et ses solistes.

Musique arménienne et Identité, entre Modalité et Tonalité
par Gérard Der Haroutiounian.

Y a-t-il une identité propre à la musique arménienne  ?
Est-elle significative pour les non-connaisseurs  ?
Y a-t-il la musique arménienne ou des musiques arméniennes  ?
Le qualificatif « arménienne » appliqué à la musique, définit-il séparément ou tout à la fois, une entité culturelle, historique et géographique  ?
La musique arménienne donne-t-elle encore aujourd’hui, du sens en diaspora  ?

BIOGRAPHIES


Grigor ARAKÉLIAN - tav kemani - Directeur artistique et soliste

Né à Erevan en 1963, il étudie à l’Ecole Supérieure de Musique Sayat Nova de 1975 à 1980. En 1981, il intègre le Conservatoire Supérieur Komitas où il est l’élève de A. TCHAUSHIAN et obtient son Prix de violoncelle en 1985. En 1987, il entre dans la classe de composition d’Edouard MIRZOYAN et travaille dans le domaine de la musique religieuse et populaire, il explore de nouvelles voies dans l’usage des instruments arméniens. Il s’appuie sur l’héritage de la musique savante en particulier sur l’œuvre du Révérend Père Komitas. En 1986, il crée l’ensemble PYUNIK qu’il dirige jusqu’en 1996 avant de prendre la direction musicale des Maîtres de musique d’Arménie avec lequel il se produit sur de nombreuses scènes européennes et crée en 2006 l’ensemble choral et instrumental OSHAKAN avec lequel il inaugure «Arménie mon amie » sur la scène du studio 104 de Radio France . Il joue sur un instrument dont il a initié la conception auprès du maître luthier Martin YERITSIAN. Grâce à des études musicologiques poussées, il aborde le chant arménien du Moyen Age avec une qualité d’écriture basée sur un dosage subtil et équilibré des instruments et des voix . Il dessine les contours de mélodies et revisite les œuvres du répertoire avec une palette d’impressionnisme musical.


Shoushan SAGHATELIAN - Kanon

Née en 1970, d’une famille de musicien, fait ses études d’abord à Vanadzor puis au Conservatoire de Erevan dans la classe d’Alavarde Mirzoyan, enseigne à l’Ecole de musique d’Arno Babadjanian, est l’auteur de manuels pédagogiques sur l’art de l’interprétation du kanon. Elle fait partie de l’Orchestre d’Etat Populaire de Erevan, considérée comme l’une des toutes premières virtuoses de sa génération en Arménie. Au printemps 2011 elle intègre le Trio Oshakan, à l’invitation de son directeur musical Grigor Arakelian, apportant authenticité et pureté dans ses interprétations, alliant passion, subtilité et sensualité, toute emplie de grâce et de poésie, faisant chanter son kanon de façon magique dans les passages lyriques, mystiques, comme nostalgiques. C’est par cette intense implication personnelle qu’il se dégage cette atmosphère émotionnelle qui comble le public à chacun des concerts du Trio Oshakan.
Le kanon : Semble tirer ses origines d’un instrument analogue de l’Inde ancienne et illustre la régle de Pythagore sur les cordes vibrantes (en grec kanone signifie “régle” ou “loi”).
Le kanon possède une caisse de résonance en bois, plate et trapézoïdale. Soixante-douze cordes en boyau ou en nylon, groupées par trios sont tendues parallèlement sur la caisse. Elles aboutissent aux chevilles implantées sur l’autre côté; elles sont donc de longueur dégressive. Prés du chevillier et dans toute sa longueur, des plaquettes mobiles, en métal, sont placées sous chaque groupe de cordes. Le kanon est accordé dans la gamme diatonique: les plaquettes, ou clefs, permettent de hausser ou de baisser les cordes d’un demi-ton. L’étendue de l’ut 3 au sol 5 dépasse parfois les trois octaves.
Les recherches archéologiques et les miniatures arméniennes nous apprennent que le kanon existe depuis très longtemps en Arménie.. Pour en jouer l’interprète fixe aux deux index une bague munie d'un plectre pour faire sonner les cordes... et pour changer de mode, il a recours à des manettes ou leviers servant à raccourcir la corde. L’interprète changeant de levier avec sa main gauche pendant qu’il joue.


Seyran AVAKIAN - baryton

est réputé en Arménie comme étant l'un des meilleurs interprètes de chants d'aèdes (N.D.T. aèdes = premiers troubadours, poètes épiques et récitant). Bien qu'il ait reçu un enseignement de chant classique au conservatoire de Yérévan et qu'il possède un répertoire de chants occidentaux, il est resté plus attaché à ce don de Dieu : une sensibilité exceptionnelle dans l'interprétation de chants d'aèdes et de chants populaires. Le timbre brillant et éclatant de la voix de Seyran Avakian attire immédiatement l'attention de l'auditeur dans quelque chant que ce soit. Ses interprétations de chants d'un style déclamatoire sont particulièrement émouvantes. Relativement peu d'exemplaires de ces chants d'aèdes et de chants de poésie épique arméniens nous sont parvenus et à cause de la difficulté d'interprétation, rares sont les chanteurs qui les exécutent. Il faut préciser que dans la technique de la musique médiévale arménienne, la condition quasi principale pour la maîtrise de leur exécution réside dans les subtils ornements vocaux du chanteur. Les interprétations de Seyran Avakian expriment les sentiments très particuliers du peuple arménien : l'amour et les lamentations, l'esprit guerrier et la paix intérieure, l'humilité de cœur et la sagesse qui nous sont parvenus depuis les siècles les plus reculés.